L'interview de Jacques Attali - le bilan
Samedi, 23 Janvier 2010 02:12
Pour aborder cette nouvelle année, la Confédération Nationale des Junior-Entreprises (CNJE) est allée à la rencontre de Jacques Attali ce jeudi 21 janvier 2010 au siège du MEDEF. Le Club Junior-Entreprises animé par Nicolas Rossignol, journaliste, et Manon Pietri, Junior-Entrepreneuse, a accueilli plus de 350 personnes pour assister à l’interview de l’économiste. Egalement Conseiller d’Etat honoraire et essayiste prodigue, celui qui fut classé parmi les cent intellectuels les plus influents de notre époque par Foreign Policy a livré son analyse de l’année 2009 et de la décennie à venir.

Olivier Fournier, Président de la Confédération Nationale des Junior-Entreprises, a débuté la conférence en évoquant le bilan positif du mouvement : en quarante ans d’existence, les Junior-entreprises sont passées de six à cent quarante. Toutefois, le défi pour 2010 est d’étendre le concept de Junior-Entreprise aux universités.
Les partenaires de la CNJE ont ensuite été invités à donner leur avis d’expert sur la crise qui a ébranlé le monde. Corinne Jouanny, directrice PR[I]ME chez Altran, a insisté sur l’importance de l’innovation dans la dynamique de sortie de crise. Patrick-Hubert Petit, membre du directoire de KPMG, a davantage souligné « une double crise de l’être et du faire », dont la résolution doit passer par des normes comptables, éthiques et éclairées, ainsi que par « l’anticipation, l’adaptabilité et l’auto-évaluation ». Enfin, Philippe d’Arvisenet a parlé au nom de BNP Paribas pour avertir des séquelles de la crise : l’obsolescence des qualifications, l’augmentation du chômage, le sacrifice des initiatives, la perte d’efficacité et la baisse de la productivité.
Pour introduire notre invité de cette soirée, Jean Claude Lewandowski, rédacteur en chef des Echos Sup a présenté le portrait de Jacques Attali en soulignant le parcours d’excellence et l’éclectisme de notre invité.
2009 : « On est passé à côté de la catastrophe »
En entrant sur scène, Jacques Attali a salué les Junior-entrepreneurs, qui sont « ceux qui vont créer pour demain ». Il a ensuite livré son analyse de l’année 2009 : une très belle année en matière d’expression artistique, mais marquée sur le plan politique par de nombreuses déceptions « Copenhague a révélé que la gouvernance mondiale n’existait pas ». Jacques Attali a souligné l’attitude inégale des différents gouvernements face à la crise, le plus préoccupant consistant en l’absence d’une institution diplomatique véritablement mondiale. Comme le remarque Jacques Attali, « le G20 ne contient pas l’Afrique. L’Afrique, c’est un milliard d’habitants. Le G20 est le masque du G2, composé des Etats-Unis et de la Chine ».
Faut-il prendre des risques en temps de crise ? Oui, « mais ni des risques au détriment d’autrui, ni des risques inconsidérés ».
Interrogé sur la prise de risque, Jacques Attali a précisé qu’il fallait « peser les différentes perspectives » pour « oser dans des limites circonscrites ». Ainsi, la véritable audace serait de « construire quelque chose sur le long terme » de façon stratégique, et non pas d’oser pour le simple principe d’oser. Jacques Attali a ainsi conseillé aux futurs entrepreneurs présents dans l’assistance d’ « oublier la France » : « il faut vous battre pour la France, mais ailleurs ».
« Pour le monde, une croissance formidable ; pour nous, un lent déclin ».
Jacques Attali a souligné la montée en flèche de la croissance mondiale grâce à la forte activité des secteurs liés à internet, à la biotechnologie, à la nanotechnologie et aux neurosciences. Selon lui, l’Europe a une chance de profiter de ces secteurs clés à condition d’augmenter le nombre de ses actifs, de financer la recherche et de relancer l’épargne. « Nous n’avons pas assez le sentiment d’une menace », regrette Jacques Attali. Seule la conscience d’un déclin possible peut relancer l’envie d’innover et permettre à l’Europe de trouver sa place.
Les initiatives ne doivent pas pour autant venir toutes d’en haut, au risque de rendre les citoyens spectateurs de leur sort. Jacques Attali nous livre sa définition du citoyen : « j’agis pour moi et pour les autres, comme si aucune réforme n’allait venir de l’extérieur ». La menace du déclin ne doit pas être l’objet d’un repli sur soi ou une source de pessimisme, elle est un encouragement à se dépasser.
« On ne peut pas rendre moral le capitalisme, mais le réguler et l’encadrer, pour qu’il n’aille pas jusqu’au bout de son avidité »
Jacques Attali a ensuite été interrogé sur les urgences à traiter en priorité. Selon lui, les problèmes écologiques ne sont pas les plus préoccupants, puisque « l’humanité a toujours su remplacer les énergies ». Si ce n’est l’environnement, c’est la pauvreté qui est alarmante. Un tiers de la population mondiale vit sous le seuil de pauvreté. Jacques Attali a ainsi présenté son rôle au sein de PlaNet Finance, l’organisation non gouvernementale qu’il préside. PlaNet Finance vise à faire reculer la pauvreté en axant ses efforts sur le progrès de la démocratie et la micro finance, ce qui constitue un exemple d’une économie en pleine essor, « l’économie altruiste », qui se développe en marge du capitalisme.
Conclusion : trouver sa place
Pour que les jeunes puissent s’adapter aux nouvelles exigences de la conjoncture, « il faut trouver pourquoi on est génial ». Jacques Attali a ainsi incité chacun à réfléchir à qui il est vraiment, sans attendre que la société le lui demande, de manière à anticiper les comportements d’autrui, et à savoir pourquoi on agit. Ce sujet de l’identité et de la place de chacun dans la société a suscité dans la salle des interrogations sur le débat mouvementé concernant les quotas des boursiers au sein de Grandes Ecoles. Jacques Attali s’est prononcé en faveur de quotas provisoires, mais a refusé leur institutionnalisation permanente qui conduirait à des abus et des dérives procéduraux.
La conférence s’est conclue par la montée sur scène des cinq Présidents des Junior-Entreprises mises à l’honneur : Jeece (ECE Paris), Junior Communication (Celsa), Junior Consulting Sciences Po (Sciences Po Paris), Junior ESCEM conseil (ESCEM), et SEPEFREI (EFREI).
La soirée s’est achevée par le traditionnel cocktail du nouvel an durant lequel Olivier Fournier a prononcé ses vœux de bonne année.














